Tuesday, February 19, 2013

La prépa déshumanise




J'avais depuis longtemps oublié ce que c'était le plaisir de lire un manga. Le plaisir de bien manger. Il ne me restait que les équations, le stresse des concours et ma confiance fragile et un peu de l'espoir. Mis ce niveau de déshumanisation je ne l'avais encore jamais vécue.  À la fin des cours on se dirige vers nos transports respectives. Ça râlait tout bas parce qu’il n'y avait pas de train à la gare. Ça chuchotait que quelqu'un était mort à la gare. Que quelqu'un avait été percuté par le train. Apparemment, une lycéenne qui s'est penchée et ...
Moi, cette nouvelle me fait ni chaud ni froid. En fait elle déclenche un rire. Un rire qu'on se reproche entre camarades. «Mais c'est pas bien de rire à la mort de quelqu’un ! », «Quelqu'un est mort et tu rigoles ! » . 
Mais il ne reste plus rien dans ma tête. Je continue à rigoler comme si les mots ne faisaient aucun sens dans ma tête. Je voulais aller voir du sang. Je voulais aller voir les restes. Le cadavre. Car ce n'était plus un humain. 
Et puis les autres ont sérieusement commencé à s’inquiéter  " Mais tu t'imagines, il y a des gens qui sont entrain de pleurer parce qu'ils ont perdue leur fille ? " Je continue encore à chercher les traces sur le quai. Ça se trouve c'était une maman, une soeur. Imagine si c'était quelqu'un que tu connaissais. Imagine si c'était ton amie . J'arrête de  rigoler et descend les marches de la gare pour aller vers mon arrêt de bus. Tout à l'heure ça m'affectait pas du tout parce que de toute façon je prenais pas de train. Mais le germe de pensée que m'a mis mon ami dans la tête fait son chemin. 
J'imagine que je me penche pour ramasser ma carte tombée sur le sol. Un peu trop prés du bord de quai. Je ressens la douleur quand le train percute ma tête et je m'envole dans les aires pour atterrir sur les rails. Je ressens la peur pendant ses instants infinitésimales  de vol plané. En suite j'imagine la phase qu'on connait le moins bien. La douleur de déchiquetage. La douleur de mourir ,de partir. De revoir sa vie défiler devant ses yeux. D'expirer. Une dernière fois. 
Une fille. N'importe qu'elle maillon d'une chaîne biologique. Souvent plusieurs maillons dans différents chaînes. N'importe qu'elle maillon d'une chaîne financière. N'importe qu'elle maillon de chaîne sentimentale. Peut être le plus important pour quelqu'un. Tout ces gens vont être bouleversés.

Je monte dans mon bus. Il y a tous les passagers qui ont dévié leur trajectoire. Je ressens le désagrément dans leur voix. Je ressens l'irritation. Une personne vivante peut être source de bonheur et/ou de malheur. Mais une personne morte crée toujours du désagrément   À commencer par son corps immobile sur les rails qui restera imprimés sur nos rétines. Le procès que devra subir le conducteur de train. Les paperasses à ajouter dans les registres de mairie. Les véhicules de polices à mobiliser. Les secouristes. La mort qu'il faut déclarer. Le livret de famille à modifier. Et tout ces trains supprimés ou déviés. Tous ces passagers qui marmonnent parce que ce soir ils vont arriver en retard chez eux. Qui stressent pour recaler leur planning. Une personne morte crée des vagues. Mais bientôt le calme reviendra. La personne ayant changé de front. Elle traumatisera son entourage. Elle créera un vide. Et les autres seront jamais complets sans elle. La chaîne sera brisé et si les maillon restant forment de nouveau une chaîne, Elle sera plus petite. Mais le monde continuera d'avancer pendant que ses proches feront le deuil accumulant le retard. 

En rentrant chez moi, je vois ma mère qui attend avec impatience que le dernier de ces enfants rentre. Ce soir la maman de cette fille ne verra pas sa famille complète autour de la table. En elle ne la reverra plus jamais. Elle ne sera donc jamais satisfaite. Elle aura beau être patiente, l'attente sera interminable.

Ça n'y ressemble pas mais c'est un message d'espoir à tous ces jeunes sur le quai qui se disent grand. On a sans doute levé la surveillance parentale, nous fourni une liberté mais il airait fallu que ce soir quelqu'un ait encore veillé sur elle. Qu'on l'ait prodigué de même conseils qu'on nous fournissait à volonté autrefois. Qu'elle ait pensé à s'éloigner du train. Elle serait encore en vie. Elle aurait pu transformer ses échecs en succès. Ses rêves en réalités. Mais mourir est une piètre excuse pour s'échapper de la vie.

Maintenant que je l'ai écrite, je trouve cette article un peu glauque. Faites attention.

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